Lecture estivale: Le capital au XXIe siècle

Je viens de terminer le livre Le capital au XXIe siècle de T. Piketty.

Présentation pour ceux d’entre vous qui n’ouvrent jamais un journal : Il s’agit d’un livre d’économie publié par un chercheur français et fruit du travail de plusieurs équipes à la limite entre histoire, statistique et économie. Le livre traite en gros de l’évolution des dynamiques du capital au cours des deux derniers siècles et essaie d’en tirer des tendances pour le siècle à venir, d’identifier les éccueils potentiels à l’avenir et comment les éviter. Le livre est sorti dans une relative indifférence en France. Par contre sa sortie aux Etats Unis a été saluée par un grand nombre de critiques et de chercheurs, faisant de l’ouvrage un succès commercial là-bas. C’est à ce moment là que l’ouvrage a gagné en popularité en France et qu’il en a été fait d’avantage mention dans les journaux, que l’auteur a été invité à la radio…

Alors qu’en dire ? Il faut le lire, pour au moins deux raisons :
Premièrement, même si l’épaisseur (900 pages) peut sembler écrasante avant de commencer la lecture, la clarté du propos, qui ne fait pas appel à un vocabulaire technique, et l’intérêt des questions posées font que l’on arrive vite à la fin, presque sur sa faim sur certains points. Il est notamment question des points suivants : Quelle quantité de capital accumule une société (une nation en l’occurence), et cette quantité évolue-t-elle au fil du temps ? Comment les facteurs que sont le rythme de croissance et la rentabilité des placements influent-ils sur la répartition des revenus entre rémunération du travail et du capital ? Que sait-on de l’évolution de ces facteurs au cours des siècles passés et quelle est leur évolution possible à l’avenir ?
Le fait d’analyser ces questions de manière posée, avec toute la place nécessaire pour dérouler les données et arguments, à l’inverse du format contraint d’une page de journal, ou pire d’une émission télévisée, permet de prendre de la hauteur et de clarifier un certains nombre de choses comme :

  • Non, la croissance des trentes glorieuses ne reviendra probablement pas.
  • Les inégalité de patrimoine en 2010 aux Etats Unis sont proches de celles qui prévalaient en Europe à la Belle Epoque.
  • Il y a un fort risque de divergence des hauts patrimoines avec le reste de la population en occident et dans le monde, ce qui peut menacer la viabilité de nos systèmes économiques au cours du siècle à venir.
  • Parmi les solutions envisageables pour pérenniser  les économies européennes, états-uniennes et mondiales, une taxation du capital apparaît comme la meilleure piste.
  • Mais elle ne peut se faire qu’à certaines conditions, sans contraintes techniques considérables, mais demandant un minimum de volonté politique .

Deuxièmement, à travers l’ouvrage on apprend une multitude de « petites » infos intéressantes, par exemple que l’immobilier parisien n’est pas a priori un investissement intéressant. Ou encore que la révolution conservatrice Reagan/Tatcher peut s’expliquer par un défaut de compréhension du potentiel de croissance d’un pays à la frontière technologique … Accessoirement, j’ai pu comprendre pourquoi Balzac nous tartinait des pages de descriptions de patrimoine de ses personnages !

Je regrette seulement que l’auteur prenne autant de précautions dans l’avancée de sa présentation en première partie. Je suppose qu’il y a là une volonté d’avoir un propos suffisamment clair et argumenté pour qu’il soit difficilement contestable.

Enfin, si décidément vous n’avez pas le temps de lire l’ouvrage, allez au moins lire la conclusion, qui ne fait que quelques pages et résume le propos, pour vous faire un avis. Mais prenez deux cafés avant de l’attaquer !