Stage sur le Bélem : un rêve devenu réalité

Naviguer sur un vieux gréement est un rêve de gamine, depuis que j’ai lu les histoires de Mary Read et d’Anne Bonny, et que j’ai dévoré la BD « Les passager du vent ». Pour mes 25 ans, j’ai décidé de m’offrir ce rêve onéreux à bord du Bélem.

Après 3 jours de voile et une journée de train, me voici de retour à Epinal, la tête pleine de beaux souvenirs….

Jeudi 27 juin 2013, Cherbourg, 17h18. Je descends du train, mon gros sac sur le dos, dans cette ville tournée vers la mer. Il fait beau. Encore un peu plus de 3 heures à attendre avant d’embarquer. Je visite la ville et me perd en essayant d’aller à la plage (et vlan pour mon sens de l’orientation). Le ciel se couvre et il se met à pleuvoir. Pourvu qu’il ne fasse pas ce temps pendant 3 jours ! Je me réfugie dans une crêperie pour dîner. En sortant, il est temps d’y aller. Mon cœur bat la chamade, j’essaie d’apercevoir le bateau… et soudain il est là : le Bélem, anachronique trois-mâts posé à côté d’un ferry pour l’Irlande. Je suis un peu déçue : il fait tout petit à côté de l’autre bâtiment. Bon maintenant, il faut rejoindre le quai. J’ai « bêtement » suivi les panneaux « passagers à pied » pour l’embarquement des ferrys. 1 km plus loin, je me rends compte que ces accès sont fermés. C’était finalement par l’autre côté qu’il fallait passer, par une route jalonnée de panneaux « interdit sauf aux personnes autorisées »… Logique donc.

On nous réunit dans le grand roof (pour les termes techniques, voir wikipedia :D) pour nous donner les consignes. On nous attribue à chacun un numéro, qui correspond à notre lit, notre placard, notre tasse (oui chacun a une tasse attitrée, ce qui est pratique pour boire le thé et le café qui sont dispo 24h/24, tout comme le pain et une corbeille de fruit !) et aide à l’organisation de la vie à bord. Fou rire général quand le lieutenant essaye de nous expliquer que nous serons répartis en tiers pour faire les quarts, mais que pour manger il y a deux services donc il y aura un tiers et demi par service… Plus clairement, les 48 stagiaires que nous sommes seront répartis en trois équipes (les tiers). Nous participerons à la navigation par tranche de 4 heures (les quarts), à raison de deux tranches par journée de 24 heures (et oui, il y a aussi des quarts de nuits !). Le petit déjeuner est à 7h30 pour tout le monde. Il y a deux services pour le midi et le soir en fonction des horaires de quart de chaque tiers. Vous suivez ? Ajoutez à ça que pour chaque repas, 3 personnes sont de service pour mettre la table, amener les plats, débarrasser et sécher la vaisselle (heureusement il y a un lave-vaisselle !). La vie sur un bateau, c’est organisé ! Mais en pratique, on va voir que cette organisation est très dépendante de…la météo.

On s’installe dans nos banettes : mais c’est très étroit tout ça ! Et je comprends vite pourquoi, il est demandé de limiter l’encombrement des bagages : le placard a un volume…limité. Bon en même temps, le but n’est pas de passer la journée dans l’entrepont… On va voir nos heures de quarts, de repas. Chouette, je ne suis jamais de service ! La soirée n’est pas longue et tout le monde part se coucher assez tôt. Après une nuit assez courte, petit déjeuner et embarquement des derniers stagiaires à bord (ceux qui n’avaient pas réservé pour la nuit). Et là, c’est parti ! Le capitaine a décidé de sortir du port à la voile. Tout le monde est mis à contribution. On nous donne des ordres incompréhensibles : « Brassez la grand voile ! », « Tiens bon ! », « Du monde ici pour le perroquet ! »… Bon heureusement les matelots sont compréhensifs et nous expliquent les principaux termes. Alors on tire des cordages à droite, à gauche, on suit les appels « On a besoin de monde ici ! » et petit à petit la voilure se met en place, on largue les amarres, le bateau prend le vent, et c’est parti !

Le temps maussade du matin se dégage sur un grand ciel bleu. On fait quelques manœuvres de virement de bord, on nous propose de monter dans les vergues, de faire des photos du bateau à partir d’un zodiaque, c’est le bonheur quoi ! Mais le capitaine nous explique que le vent est dans le mauvais sens. En fait, le matin on est partis plein Est pour pouvoir jouer un peu avec les voiles, mais maintenant il faut repartir vers l’Ouest. Donc demi-tour et mise en marche des moteurs. On range les voiles (encore des cordages à tirer, puis ranger quand on a tout fini). Je vais me poser un peu sur la dunette (l’arrière) pour discuter et apprendre à barrer. Pas évident d’ailleurs, il faut constamment vérifier le cap, et le bateau a une grosse inertie. En outre, on se prend de violents coups dans la barre à cause des remous de l’eau. Je n’ai pas mangé depuis midi, je suis du service de 20h (alors que je suis habituée à manger à 19h) : j’ai faim. La mer commence à se former, le vent se lève (toujours dans le mauvais sens), la température chute, je ne me rend compte de rien. Et là c’est drame, l’accumulation d’erreurs fatales : froid, faim, fatigue, les 3 « F » à éviter par dessus tout en mer. Je descend un moment dans ma banette pour me reposer et je me rends alors compte que je suis congelée. Quand j’essaie de me relever, une envie irrépressible de vomir me prend : me voilà atteinte du mal de mer. Dans ce cas-là, il y a une seule position dans laquelle on est bien : allongé dans sa banette. Du coup, aller aux toilettes ou chercher un bout de pain pour manger un peu devient une épreuve, à laquelle on se prépare psychologiquement avant de se lever. Pas question de voir ou de sentir une quelconque odeur de nourriture. On nous annonce que les quarts de nuit seront facultatifs. Ceux qui se sont levés m’ont raconté qu’il était difficile de tenir debout sur le pont tant le bateau bougeait. Il fallait sans cesse s’accrocher à quelque chose. Et mention spéciale à ceux qui étaient de service car pour aller de la cuisine à la salle à manger, il faut enjamber une plaque de métal qui empêche l’eau d’inonder la batterie et descendre un escalier très raide. Pour ma part, je n’ai même pas essayé de sortir de mon lit. Au final, j’aurai loupé 3 repas et passé quelques 18h dans ma couche. Au bout d’un moment, je me rends compte que quand je me lève, l’envie de vomir se fait moins pressante. Alors je tente ce qu’on nous conseille : je sors sur le pont pour m’aérer et regarder l’horizon. Je ne suis pas fringante, mais ça a l’air de tenir. Je tente même de manger une banane sur le conseil du cuisinier…que je ne garde pas longtemps. Mais après ça je me sens mieux et petit à petit le mal de mer s’en va. Il faut dire que la mer s’est calmée aussi. Je me rends compte que je n’étais pas seule à être allongée : nous devons être un bon tiers des stagiaires à avoir été malade. Le « bosco » m’explique que même les marins ont parfois le mal de mer : ça fait du bien à ma fierté.

Nous dépassons Brest dans l’après-midi et allons  mouiller dans une baie, en face du port de Camaret (dont le curé est, parait-il, célèbre). Nous sortons un peu les voiles, remontons dans les vergues. Le capitaine a prévu de rester là pour la nuit, puis de repartir le lendemain vers Brest, à la voile (le vent sera alors dans le bon sens). Les quarts de nuit sont annulés. L’équipage offre un punch en apéro pour réconforter tout le monde. Et le soir, on débarque ceux qui le veulent au port, pour aller boire un coup. L’alcool étant interdit à bord (excepté ce punch), nombreux sont ceux qui sont heureux de cette sortie inattendue ! J’en profite pour aller visiter le fort Vauban du coin (il en a vraiment fait partout !) et je croise sur le chemin une caricature de marin breton (la chemise rayée, la barbe blanche, les dents de travers, le visage bien rouge…). Tout le monde rentre pour minuit, prendre un repos bien mérité.

Le dimanche matin, pas de vent, brume… Le capitaine revoit ses plans : on partira seulement dans l’après-midi et on rentrera au moteur. L’équipage nous trouve des occupations : de 8h à 9h, astiquage complet du bateau (qu’est-ce qu’il y a comme cuivres !). Cet astiquage est en fait quotidien (j’y avais échappé la veille pour des raisons évidentes), on comprend pourquoi le bateau reluit de toute part. Ensuite, un exposé sur l’histoire mouvementée du Bélem, vieux de plus de 100 ans. Je ne vous le refais pas, vous la trouverez facilement sur le site. On peut quand même noter que le bateau a été le seul épargné lors de l’éruption de la montagne Pelée au début du siècle dernier et qu’il est arrivé seulement quelques jours après un autre violent séisme au Japon : un miraculé donc ! Coup de pot pour moi au sortir du repas de midi : quand je monte sur le spardeck (le pont), les gabiers sont en train de chercher des volontaires pour monter dans les vergues pour ranger les voiles… Mon rêve ! (Comme quoi je ne demande pas grand chose…) Je saute sur l’occasion et je participe donc à la manœuvre. L’évolution dans la mâture est un jeu d’enfant pour une habituée d’escalade, mais les voiles sont bien plus lourdes que ce à quoi je m’attendais ! Bref, ça, c’est fait ! (Et c’était bien.)

Et il est déjà temps d’aller ranger ses affaires. Notre entrée dans Brest sous le soleil en plein après-midi a été assez remarquée (dommage qu’on n’ait pas pu le faire à voile). Un dernier verre sur le port avec un groupe de stagiaires, un dernier coup d’œil au majestueux Bélem qui paraît toujours autant anachronique, posé là entre deux gros navires, et c’est fini… Trois jours, c’est vraiment court ! Vivement que je remette ça !

Mention spéciale à : l’auberge de jeunesse de Brest

Je tenais à citer cette auberge où j’ai passé la nuit de dimanche à lundi avant de repartir pour Epinal. Elle est assez excentrée mais une ligne de bus régulière la relie au centre-ville. Son emplacement est pas mal du tout : en face du port de plaisance, à deux pas d’Océnaopolis et d’une plage. Le bâtiment est très beau, immense et entouré d’un parc verdoyant. Et je vous recommande le repas du soir, si il est servi (il n’est servi que si il y a suffisamment de monde qui le demandent) : la cuisine est très bonne et le cuisinier très sympa. N’hésitez donc pas à y passer !

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