Quelle agriculture pour nourrir le monde ?

Avec une question aussi vaste, n’attendez pas de réponse en quelque lignes… mais quelques idées.

Photo de G.M. Groutas - Licence CC-BY

Photo de G.M. Groutas – Licence CC-BY

Mes réflexions du jour ont commencé par le visionnage d’un reportage d’Arte : « Planète à vendre » (disponible en replay pour quelques jours encore ici). Il y est question de la récente ruée vers l’or d’investisseurs, jamais à court d’idées pour gagner de l’argent, dans ce cas vers le rachat de terres agricoles. Le principe, pour ceux qui ne connaissent pas, est d’acheter de vastes terres sous exploitées (d’un point de vue de l’agriculture conventionnelle) dans les pays en développement, souvent pour une bouchée de pain, et au détriment des populations locales, pour en faire d’immenses exploitations mécanisées. D’après le documentaire, l’idée aurait germée dans les années 2007-2008 suite à une importante pénurie alimentaire consécutive à de mauvaises récoltes dans quelques pays gros producteurs et une flambée du prix de denrées sur les marché financiers. Certains se sont rendus compte que l’alimentation allait être un des nerfs de la guerre (avec l’eau et l’énergie) des prochaines décennies. En parallèle, de nombreux pays en développement possédaient d’immenses terrains cultivables non utilisés (enfin… surtout non convertis à l’agriculture mécanisée). Et les gouvernements de ces pays cherchaient un moyen de développer leur économie et d’attirer des capitaux étrangers. Tous les ingrédients étaient prêts, il n’y avait « plus qu’à » ! Bref, tout le monde était content.

On a « juste » oublié les paysans privés de leur terre, la perte de biodiversité, l’usage massif de pesticides et d’engrais… D’autant plus que ces pays, qui auraient pu pour la plupart être alimentairement indépendants continueront à devoir racheter cette production « locale » au prix du marché en engraissant au passage quelques intermédiaires… Ce documentaire m’a fait découvrir une association, GRAIN, qui se bat contre cet « accaparement de la terre ». Je vous invite fortement à aller faire un tour sur leur site, leur action est multiple et très intéressante. Ils apportent non seulement du conseil aux associations de petits producteurs qui se montent, mais font aussi de la recherche et du partage de connaissance sur la biodiversité, les semences…

Je reste pour ma part convaincue que le meilleur moyen de nourrir durablement les humains est dans les méthodes de culture dites agroécologiques. Vous me direz : qu’une ingénieur en mathématiques soit convaincue, ça nous fait une belle jambe en termes d’expertise… Mais je ne suis pas la seule, puisque Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, a présenté le 8 mars 2011 (et oui, ça commence à dater) un rapport intitulé « Agroécologie et droit à l’alimentation » dans lequel il défend l’application de « la science écologique à la conception de systèmes agricoles qui répondent aux défis de l’amélioration de la productivité des sols et de la protection des cultures en s’appuyant sur l’environnement naturel ». Ce rapport compile notamment des projets menés dans 57 pays en voie de développement et qui ont obtenus des résultats spectaculaires : augmentation de rendement moyenne de 80% sur les récoltes, avec un gain moyen de 116% pour les projets menés en Afrique.

Mais le changement des mentalités est un processus long, en particulier dans nos pays où la révolution « verte » a eu lieu il y a plus de 50 ans. C’est un travail au jour le jour, et dans des situations parfois inattendues : je recommence cette année un potager dans un des deux ensembles de jardins familiaux de la ville où j’habite. J’avais déjà tenté l’expérience il y a deux ans, et j’avais abandonné. Ce n’était pas le temps à y consacrer qui me manquait, ni le découragement face à une terre désespérément stérile et des mains pas si vertes. Non, j’ai abandonné car je ne supportais pas la pression de mes voisins de jardin, qui ne comprenaient pas que je ne veuille pas passer le motoculteur, que je laisse une bande en friche pour les insectes, que je ne désherbe pas parfaitement mon jardin… Cette année je reprend mon courage à deux mains, je vais travailler avec une personne qui fait également du bio, et j’espère tenir le coup !

Quelques lectures pour aller plus loin :